Parce qu'être sériephile n'est pas une maladie, il faut en parler. >Critiques séries mais aussi cinéma. Musique, actualité... Stay tuned on Street smart with heart ! Je vous attends pour me contredire...ou pas !
Quand le petit écran rencontre la littérature...
Si je vous disais que l'on peut comparer The Vampire Diaries à un classique de la littérature anglaise, si j'affirmais insolemment qu'Emily Brontë aurait adoré cette série américaine, me croiriez-vous? (je vous invite à poster des commentaires)
Peut-être pas, c'est pourquoi j'ai préparé des preuves qui devraient vous faire douter.
Dans le second épisode de la série, Stephan prête Wuthering Heights à Elena. N'ayant pas lu les livres d'Anna Rice (ce qui n'est pas au programme!!), j' ignore si cet élément était dans l'histoire de base, mais peu importe car les scénaristes ont intégré sciemment ce détail à l'épisode Night of the Comet. Ils connaissent bien Hurlevent. Je suis d'ailleurs persuadée que Kevin Williamson aime particulièrement ce livre. Hier, je ne peux pas m'empêcher à 17 h 20 d'allumer ma télé, inutile de résister l'appel de la crique est trop fort! Bref devant une rediffusion de Dawson's creek je découvre ébahie que Pacey étudie Hurlevent avec son professeur préféré. Quand on sait que Kevin Williamson a écrit les premiers épisodes de la série à fort caractère autobiographique on ne peut croire aux coïncidences, s'il a choisi ce livre ce n'est pas un hasard.
D'après Wikipedia, le roman s'est distingué pour la noirceur de ses personnages, toute la violence des situations. D'après le journal The atlas en 1848, c'est un roman qui présente les atroces tourments de deux générations de créatures infortunées. Or, ce parallèle est omniprésent dans le show.
"Un mauvais génie préside au déroulement de l'histoire et sa personnalité démoniaque, jetant une ombre sinistre sur l'ensemble du livre."
(le corbeau de Damon au début, l'ombre d'Isobel, de Catherine finalement)
Heathcliif, un peu comme Damon est le mauvais génie du livre, une ombre qui plane sur vous à chaque moment mais racheté par sa fidèlité à Catherine.
"La réalité de l'irréel n'a jamais été mieux prouvée que dans les scènes de sauvagerie qu'Ellis Bell (ndlr : pseudonyme d'Emily Brontë) nous présente de façon si frappante."
D'après le journal Britannia en 1848 : "la douleur de Heathcliff devant la mort de Catherine atteint son sublime" (souvenez-vous de Damon en transition qui n'a plus d'autre désir que mourir)
Catherine Earnshaw est capricieuse,
impatiente et impulsive.
La seconde Catherine (Elena?) est en revanche plus à plaindre qu'à blâmer, généreuse, bref d'une nature fondamentalement différente. Elle accepte finalement Hareton, malgré ses différences et ses manières bruptes qui l'avaient tout d'abord effrayée.
Et finalement ce qui m'a le plus marquée en lisant une lettre de Branwell à sa soeur Emily puis un article de Virginia Woolf :
Il s'agit précisément du rapprochement entre Heathcliff et Branwell. "Nous voyons en Heathcliff un frère tel qu'a pu le voir une soeur de génie" Virginia Woolf
"Voilà d'où sort Wuthering Heights. De nos familles" B.B. Brontë
Mais on ne connaît pas réellement la mystérieuse Isobel que l'on pourrait peut-être mieux rapprocher de Catherine Earnshaw (Katherine n'ayant pas eu de sentiments assez forts pour les frères Salvator), pour son égoïsme mais aussi sa mort. Elle a quitté sa famille, est morte pour une passion destructrice. Comme Catherine Earnshaw elle s'était mariée avec un homme bon qu'elle aimait tendrement mais sans passion, un homme rationnel. L'une se fait transformer, l'autre se laisse mourir et plonge dans des démences qui la mènent au pays des fantômes. (on se souvient du narrateur, M. Lockwood rêvant d'un fantôme nommé Catherine)
Finalement on assiste à la naissance d'un nouvel amour, celui de Cathy et d'Hareton dans le roman et à une renaissance pour Stephan qui rencontre Elena. Les fantômes demeurent toutefois dans la lande...
Si ces frêles passerelles restent incertaines, il n'en est rien de l'ambiance générale des deux œuvres : les amours passionnées, paysages fantasmagoriques, brouillards et cimetières se réunissent.
S'il est vrai que j'apprécie The Vampire Diaries, je ne saurai le comparer à une telle oeuvre qu'en considérant tous ces clins d'oeil comme un hommage des créateurs à une écrivaine de génie : Emily Brontë.
Kevin Williamson aime mêler l'horreur et les questions existentielles (entre Dawson's Creek et Scream), il a enfin trouvé le projet qui lui correspondait le mieux. On pourrait critiquer le cadre lycéen habituel (un article prochain s'en chargera sûrement) mais je suppose que cette époque l'a profondément marqué et qu'elle intensifie les tourments de l'âme.
Alors merci M. Williamson!
[Il est vrai que cela ressemble à un hommage au scénariste, mais ça ne peut pas faire de mal puisqu'on a une fâcheuse tendance à oublier les scénaristes. A ce propos, je promets de parler dans mes prochains articles de Julie Plec co-créatrice de la série. Pour réparer mon erreur j'esquisserai quelques mots la concernant. N'oublions pas Julie Plec parce que c'est une scénariste originale, toujours enthousiaste qui a participé à des projets qu'on connaît tous : en effet elle a travaillé pour Dawson's creek mais je l'ai remarquée avec Kyle XY. Vous savez ...cette série arrêtée sur un terrible cliffhanger. Mais contrairement à d'autres cas nous avons eu droit à quelques révélations, Julie Plec ne nous a pas laissés si désemparés et nous a expliqué comment elle aurait vu les saisons suivantes, quels étaient ses projets. Ses idées pour la suite de Kyle XY m'ont confortée dans l'idée que j'aimais vraiment beaucoup cette scénariste. Quelques mois plus tard, la voilà qui réapparaît pour nous servir sur plateau du "true blood". Alors : merci Julie Plec!!]
"Emily Brontë possède donc le plus singulier des pouvoirs : celui de sa dépendance à l'égard des faits. Avec quelques touches, elle sait évoquere l'âme d'un visage et rendre le corps superflu; en parlant de la lande, elle fait souffler le vent et gronder le tonnerre." Virginia Woolf