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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 22:26

J'avais promis de parler des Petits mouchoirs, l'automne arrive alors je me lance ! Une version plus aboutie, mieux construite apparaîtra sur Pour1Ecran. (un jour...!)

 

Je me suis enfin décidée à faire la critique du film, et je peux déjà vous dire qu'il m'a rendue perplexe. Il aura fallu attendre plusieurs mois après sa sortie ciné pour que je le revois et organise mes idées autour de lui. Mes premières impressions sont désormais lointaines, tout comme les critiques que j'ai lues, dans un sens je me sens libérée. Je m'explique : certains artifices peuvent facilement avoir le spectateur, par exemple une chanson triste, de bons acteurs... et le cinéaste joue avec nos sentiments, on trouve ça tantôt émouvant tantôt drôle mais cela ne signifie pas que c'est un bon film. Plusieurs mois plus tard il ne reste plus grand chose de ces éphémères éclats, de rire ou de larmes. Quant aux critiques, elles nous influencent facilement,  si elles sont bien argumentées on se laisse convaincre sans forger ses propres opinions. Mais aujourd'hui : here I am !

(il est évident qu'on ne se pose pas tant de questions pour des coups de cœur, des chef d'œuvres)

 

http://images.commeaucinema.com/news/208_153829.jpg

(affiche simple mais réussie, une bande de potes, ils sont ensemble mais désunis, chacun étant lui-même morcelé)

 

 

Je ne suis pas trop fan du cinéma français, il ne correspond pas à mon univers,  ma façon de voir le monde mais avec Guillaume Cannet, cela change un peu. Car il incarne le cinéma du nouvelle génération. Bien sûr, pour les grincheux ça ne représente pas la société française mais ce serait prétentieux de vouloir le faire. C'est un film personnel, il parle de l'univers qu'il connaît, notamment des parisiens en vacances. Les acteurs sont bons (ça sonne plutôt juste) mais si je ne devais en citer qu'un ce serait Benoît Magimel, c'est lui qui m'a le plus touchée. C'est un film sincère qui répond à un gros manque. Une belle bande-son (et je suis contente de voir que des groupes américains bien sympathiques sont enfin pris en compte en France), certains disent que c'est un film un peu moralisateur sur les bords, je ne suis pas d'accord parce qu'il ne donne pas de réponses, c'est une tranche de vie. On ne connaît ni le passé ni le futur des personnages. Bref j'ai eu un doute au début du film (peut-être est-il surestimé, ce n'est que l'histoire d'un bande de potes hypocrites) mais peu à peu je me suis laissée prendre par l'histoire, je me suis attachée aux personnages, à ces bobos parisiens et j'ai compris que le film portait bien son titre. Un sujet qui m'a toujours tenu à cœur, Les Petits mouchoirs...(ceux qu'on pose en écran entre nous et les autres, ceux qui font croire que tout va bien quand ce n'est pas le cas)

Bref, merci à Guillaume Canet d'avoir porté cette réflexion au cinéma Cela laisse espérer un avenir positif pour la génération future, si elle n'est pas bridée, ni trop prétentieuse ou enfermée sur elle-même.


L'hypocrisie qui apparaît n'est que réalisme par rapport à la société dans laquelle on vit. Oui, notre petit monde est hypocrite, Guillaume Cannet le critique trop légèrement pour certains, c'est qu'il porte sur ses personnages un regard tendre. Il nous le transmet (ce qui me réconcilierait presque avec ...) il ne peut pas les critiquer ouvertement puisqu' il en est lui-même issu. C'est le nœud du film, ce qui le rend complexe. Le film n'est donc pas du tout moralisateur, il n'apporte pas de réponses, seulement des questions.

Cela illustre une tentative : celle de prendre du recul par rapport à ce monde, d'avoir sur lui une vision plus objective en le recréant dans un scénario. Cela apparaît dans les mouvements de caméra, qui donnent une impression de réalisme. Ce naturel est bien sûr accentué par l'alchimie entre les acteurs, le cinéma français nous propose pour une fois un univers plausible, le ton est juste. Ce n'est plus du théâtre à l'écran, nous sommes au cinéma.
Ce film est personnel c'est ce qui le rend sincère mais ce qui le prive aussi d'un regard extérieur. Canet a réalisé la majeure partie du film seul, un travail immense pend que sa bande s'amusait. (tout comme dans le film, il les aime ses amis il ne leur en veut pas mais ils l'ont quand même laissé parfois, parce que c'est comme ça, parce que c'est la bande. Moi je n'ai jamais compris ça. du coup j'ai toujours plus ou moins rejeté les bandes. Et c'est ce que je voulais dire en affirmant que peut-être ce regard sincère et tendre m'avait engagé à la réconciliation avec les autres -l'altérité un sujet toujours aussi fascinant...- mais aussi que les critiques du film m'avaient rappelé que des gens croyaient encore à la vrai amitié. en ce sens ce n'est pas moral chez Cannet, c'est vrai mais pour lui c'est histoire n'est qu'un tournant, l'histoire ne s'achève pas à chacun d'écrire la suite, sa suite. Déciderez-vous de changer le destin et de lever les petits mouchoirs, de cesse de vous mentir à vous-même ? Le réalisateur a l'intelligence de ne donner aucune réponse, de ne juger personne.  C'est la vie et dépasser les critiques et rancœurs personnelles pour un regard désintéressé n'est peut-être pas une faiblesse. Je l'avance  sans certitude, je me demande simplement. Certains auraient aimé un portrait social de la France d'autres une franche critique du bobo parisien. Ce n'était pas le but même s'il faut l'avouer les discussions générées par le film jouent ce rôle.
Le film est trop long, on parle d'une trop grande ambition, je parlerai d'une trop grande implication personnelle de son créateur. Certaines scènes sont superflues, peut-être lourdes, par exemple le vomi de Dujardin. Les allusions au sexe étaient-elles utiles dans ce contexte ? Je n'en suis pas non plus certaine, on se rappelle la femme de Vincent assez désespérée la nuit sur des sites érotiques.
Trop de discours à l'enterrement, un peu trop de pathos, des minutes superflues. (les larmes de Cotillard) mais une belle scène entre Max et Vincent. On espère que ces personnages changeront leurs vies même si l'on devine qu'Eric ne le fera pas. Après avoir dévoilé ses sentiments il reprend une conversation des plus triviales.
On sent une trop grande application à toucher le spectateur, on doit l'émouvoir, le faire pleurer. Cela manque effectivement de simplicité mais surtout, l'on s'éparpille à travers les personnages.

  Marion Cotillard éclipse un peu les autres actrices mais l'on ressent le désarroi de la femme de Vincent, un des personnages finalement les plus discrets et sympathiques (une belle réaction après la découverte des problèmes existentiels de son mari) surtout quand elle court, j'adore ce passage. Chacun court, seul face à lui-même et ses problèmes. Le copain, prof de sport apporte de la légèreté, on peut probablement le retrouver dans notre propre réalité. Les éléments sont bien issus de la réalité. On ne l'aime pas, peut-être mais c'est la notre. Ainsi dire que cette bande est pitoyable et hypocrite pour critiquer le film n'est pas subtile. Parce que c'est vrai,  parce que c'est justement le thème du film.

Les personnages sont légèrement caricaturés mais drôles, sincères, touchants. (on sera tous d'accord à ce propos, et mêmes les critiques les plus acerbes, le casting est excellent) En quoi ces personnages sont-ils intéressants ? Ces bobos parisiens sont en fait tous comme Vincent.
Le personnage de Benoït Magimel, amoureux de Cluzet vit une situation déchirante, on est dans comédie elle est donc parfois drôle pas toujours réaliste mais si perturbante, émouvante. J'adore cette amitié, cette relation ambigüe, ce mal-être. Cette vision de l'homosexualité (on a en général droit à d'affreux clichés, des stéréotypes issus de temps anciens, c'était un peu le cas dans Clara Sheller d'ailleurs)
 Les vacances ce n'est pas forcément la joie. c'est bien vu. On se lâche mais nos problèmes profonds sous toujours tapis au fond de nous, n'attendant qu'une occasion pour ressurgir. C'est peut-être même l'esprit libéré des contraintes de la vie quotidienne, qu'ils vont pouvoir exploser et nous miner. Quand Vincent frappe Max, les problèmes de chacun ressurgissent, ces poids qu'ils avaient toujours eu sur le cœur se révèlent au grand jour, les masques tombent et cette joyeuse illusion des vacances tombe. A son bureau Vincent apparaît tel qu'il est, un personnage brisé, perdu, plein de doutes et d'angoisses.
 On aurait aimé en savoir plus sur la relation de Marie avec le mort. mais ce mystère sur le passé, sur le futur sont une caractéristique du film. C'est une tranche de vie, j'y trouve une identité française, ça s'oppose au cinéma américain : des tranches de vie, sans jugement, sans raison. Spectateur, on te donne des images, débrouille-toi avec. Tout est brut. Je ne te guide pas, je te donne à voir des vies. Un héritage de la Nouvelle vague ? Paris, l'amour, la mort. On est "à bout de souffle" dans "Les Petits mouchoirs". Cela révèle évidemment la prévalue de la mise en scène sur le scénario (car oui c'est tout un art de produire un scénrio, contrairement à ce que disait un étudiant en réalisation à la FEMIS, il ne suffit pas de prendre un crayon et du papier, bref.)
http://lebuzz.info/wp-content/uploads/2011/04/critique-film-les-petits-mouchoirs.jpg

   On découvre même (bin non...je ne connaissais pas vraiment avant de voir le film) Yodelice, encore un pote à Cannet me direz-vous. C'est normal c'est un film personnel ! Moi j'apprécie, il faut bien que le cinéma français s'engage vers une nouvelle voie, je préfère ce visage là que l'autre. Evidemment on peut faire un bond de 30 ans en arrière et se rappeler de bons films mais ça fait loin... (en fait je n'étais même pas née alors ça explique le manque chez ma génération. Même si on connaît des classiques on a besoin de se projeter, d'attendre une nouveauté, d'être ému par elle. Et on se dira dans 20 ans ah oui je me souviens de cette année-là... Bref, je m'égare encore.)

 

La BO * aide beaucoup mais la scène du cimetière est bouleversante en elle-même, c'est peut-être facile, voire simplet mais c'est réussi. C'est très américain je trouve.

* (je l'écoute en ce moment et mince, elle est sacrément bien choisie) américaine, des groupes qu'on connaît hélas peu en France, merci Guillaume Cannet. Band of horses (la chanson de ma terminale, Jet Are you gonna be my girl celle de ma troisième) et quand on me demandait ce que j'écoutais on me regardait avec des yeux ronds. es collégiens d'aujourd'hui ne sont pas différents, à part David Guetta, le rap, le haren'b de bas étage et Renée la taupe ils ne connaissent rien...

 

Bref, pas un chef-d'oeuvre, pas très subtile mais un très bon pas pour le cinéma français.

Pour le terme ami qui en choque beaucoup, disons qu'il s'agit du sens le plus bas : pote ou connaissance. Rien à voir avec l'amitié, cela montre justement l'esprit de la société actuelle. Tout appartient à un réseau social, les relations se créent et se défont rapidement, on perd de vue ceux qu'on appelait ami. Ce n'est pas ma définition de l'amitié. Mais au fond, ça a peut-être toujours été ainsi, sinon pourquoi Aristote et Montaigne auraient consacré tant de temps à la définir ?
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